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La Traversée De New York à San Francisco, sur les traces de Kerouac    |     The Drive From New York to San Francisco, on the track of Kerouac

J’ai dix-huit ans quand je lis Sur la route, de Kerouac. C’est un choc. Le tout premier roman qui a su m’éveiller, enfin, aux plaisirs de la littérature. C’est quelque chose de l’ordre de la liberté et du mouvement. Quelque chose qui va bien avec mes dix-huit ans. Chez Kerouac, tout est possible. Le choix l’emporte toujours sur la contrainte, quelques soient les sacrifices qu’il implique et les conséquences qu’il engendre. Pour l’adolescente trop sage que je suis, l’appel est puissant.

Et puis c’est l’Amérique, immense, romanesque, racontée avec une emphase propre à nourrir ma fascination.

A l’époque, on cherche un moyen de faire le voyage avec une amie, mais trop jeunes, trop fauchées, le projet n’aboutit pas.

Vingt ans plus tard, pour la femme indépendante que je suis devenue, le désir est toujours aussi puissant et l’appel devient urgent. Entre temps, j’ai rencontré la photo, je pars donc seule, avec mes deux appareils (un Canon 5D et un Contax T3 que je charge en N&B), tracer cette route longtemps fantasmée. New York - San Francisco. Le tout premier voyage de Sal Paradise, en 1947 ; Mon tout premier voyage en solo, en 2012.

Les quinze photos que je vous présente aujourd’hui s’arrêtent à Denver, la première destination, la ville de Moriarty, véritable héros du roman.

Je respecte le trajet effectué en Greyhound : New York - Chicago (Dix-huit heures de bus) puis Denver-San Francisco (Vingt-huit heures). Je troque le trajet en stop, Chicago-Denver (plus de 1600 km), contre un trajet en voiture de location, mais grâce à couchsurfing.com, outil 2.0 du voyageur fauché,  l’aventure est à chaque pas de porte et les rencontres sont inattendues, courtes, intenses, intimes. Presque frénétiques.

Le roman m’accompagne, guide mes pas et même mes rencontres semble-t-il. Il est le point de départ, l’excuse, la motivation, le fil conducteur. Il est le diapason qui me permet d’être en phase avec ce que je vis.

Il est tout ça, et bien plus encore, et pourtant c’est mon voyage.

Soixante-cinq ans après celui de Sal Paradise, le monde a changé. La US6, que je suis un long moment, a été désertée depuis longtemps au profit de l’Interstate 80. Les pompistes des toiles d’Edward Hopper ont laissé la place à d’immenses stations self service. Partout le wifi et la 3G relient les bleds les plus paumés au reste du monde et la plupart des américains que je croise, contrairement à la rumeur, savent où se trouve Paris.

Et pourtant c’est toujours l’Amérique. Avec ses routes infinies et ses cowboys, ses bourgades immobiles et ses villes hystériques, et surtout cette fierté américaine, partout, malgré tout.

Je la traverse pendant cinq semaines et si je n’oublie jamais le projet qui m’y a menée, les frontières se brouillent entre ma détermination à creuser le sillon d’un autre et ma propension naturelle à contempler ce chemin comme étant le mien.

Au fond, comme tout voyage, quel qu’en soit le moteur, celui-ci s’écrit à la première personne du singulier.

I’m eighteen when I read On the road, by Kerouac. It’s a shock. The very first novel that succeeded, at last, in awakening me to the pleasure of literature. It’s something about freedom and movement. Something that goes along with being 18. With Kerouac, everything is possible. Choice always wins against coercion, whatever the sacrifices, or consequences. For the too good teenager that I am, the call is powerful.

And it’s America, huge, fanciful, told in a style that feeds my fascination.

A this time, I try to find a way to make the trip with a friend of mine, but we’re too young and too broke… the project doesn’t get off the ground.

Twenty years later, for the independent woman I am, the desire is still as powerful and the call becomes urgent. I therefore leave alone, with my two cameras (a Canon 5D and a Contax T3 that I load with B&W), for this long-time fantasized road. New York - San Francisco. The very first trip of Sal Paradise, in 1947 ; my very first solo trip in 2012. In a small personal touch, I push on till Big Sur, where Kerouac situated another of his novels.

I respect the Greyhound rides : New York - Chicago (Eighteen hours), then Denver - San Francisco (twenty-eight hours). I swap the hitch-hiked Chicago-Denver (more than 1600 km) for a road trip in a rented car, but thanks to couchsurfing.com, the 2.0 tool of the broke traveler, adventure is waiting at every doorstep and the encounters are unexpected, short, intense, intimate. Almost frenetic.

The novel accompanies me, guides my footsteps and even my encounters it seems. It is the starting point, the excuse, the motivation, the common thread. It is the tuning fork that allows me to stay connected with what I’m experiencing.

It’s all that, and much more — it’s my personal journey.

Sixty five years after Sal Paradise’s trip, the world has changed.

The US6, which I follow for a long while, was abandoned long ago in favor of the Interstate 80. Edward Hopper canvas’ gas pump attendants have given way to huge self service gas stations. Everywhere wifi and 3G connect the most remote locales to the rest of the world and most Americans that I meet, contrary to the rumor, know where Paris is.

But it’s still America. With her endless roads and her cowboys, her motionless small towns and her hysterical big cities, and above all, this American pride, everywhere, despite everything.

I cross it during 5 weeks and even if I never forget the project that led me there, boundaries become blurred between my determination to plough the mind of someone else and my natural tendency to contemplate this path as if it were mine.

Finally, as every journey, whatever the driving force is, this one is written in the first person singular.